Mon Profil

  • jogoman
  • : 09/10/1970
  • : Marié/Pacsé/Union libre
  • : BRETAGNE
  • : Je suis passionné de sport nature, avec un goût parfois immodéré pour le trail. Depuis 2006, nous avons formé notre team : Breizh Sport Aventure, et dans la foulée notre propre trail : le trail de l'Aber Wrac'h
  • : caer joel

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Mardi 19 février 2008
 
 
 
      Sept vallées, 71 glaciers, 400 sommets... le massif du Mont Blanc fascine.    Faire le tour du Mont Blanc, c'est découvrir un univers incomparable, celui de la haute montagne impressionnante et magique ; c'est partager le rêve éternel des pionniers. 
Cette fascination, je désire vous la faire partager, au travers d'une aventure individuelle hors du commun.  
  
       24 août 2007

      Il est 18h30 et nous sommes plus de 2200 à partager le même rêve : faire le tour du Mont-Blanc en moins de deux jours. Chacun de nous s'est soigneusement préparé durant de longs mois. Malgré la démesure de l'épreuve, je suis serein car je sais que près de 1200 bénévoles participent à la même aventure, prêts à offrir avec passion leur aide et leur réconfort dans un esprit de partage et d'amitié. 

                              Nous allons vivre une aventure hors du temps !  
Au clair de lune, nous côtoierons le col de Charme et franchirons le Col du Bonhomme. Au soleil levant, nous passerons le col de la Seigne et pénétrerons en Italie dans la magie du Val Veni dominé par la Noire de Peuterey et les glaciers qui descendent du Mont Blanc. Plus tard viendra le Val Ferret, gardé par la Dent du Géant et les Grandes Jorasses avant de basculer, enfin, en Suisse et de savourer son environnement soigneusement préservé. 
Il nous faudra supporter la fatigue, surmonter nos doutes et nos angoisses. Certains parmi nous, ayant repoussé leurs limites à l'extrême, préfèreront s'interrompre tout en gardant entier l'espoir de boucler le tour complet une prochaine fois.  
Les autres, franchiront Bovine et les Tseppes. Puis, face à l'Aiguille Verte, à la verticale des Drus et à la majesté du Mont-Blanc, ils plongeront vers l'arrivée au cœur de Chamonix. 
67 ont refermé la boucle en 2003, 420 en 2004, 774 en 2005, 1152 en 2006. Combien serons-nous cette année ? 
Quoiqu'il advienne nous nous retrouverons tous dimanche après-midi pour fêter les vainqueurs, pour applaudir plus fort encore les derniers arrivants et pour partager, coureurs et bénévoles réunis, nos joies, nos souffrances et nos émotions. 
 
           Jeudi 23 août 2007 : 

  Après une nuit difficile et agitée, je prends le train7h01 à Landerneau.                                         
 Je rencontre des gens de Rennes qui ont le même rendez-vous que moi. Nous sympathisons très vite. Ils ont loué une voiture sur Lyon, et me proposent de me déposer directement sur Chamonix. Vers 18h30, je suis en face de ce monstre, que l’on doit rencontrer le lendemain.
            
               Michael Le Got, Luc, Gaetan Vigouroux et Didier Gouiffes sont là pour m’accueillir durant ces 3 jours. Une bande de joyeux lurons qui n’ont pas froid aux yeux. Seul Michael sera de l’aventure avec moi. Les 3 autres compères sont venus en éclaireur pour l’année prochaine. Pour Didier, une mauvaise déchirure, 15 jours avant l’épreuve a eu raison de lui. Il l’a mauvaise…. .
Afin d’être plus tranquille le vendredi, je passe retirer mon dossard dès mon arrivée. C’est le parcours du combattant : signature de la chartre, contrôle d’identité, contrôle minutieux du sac, attribution du tee-shirt et divers documents, du dossard, mise en place de la puce électronique. Enfin je ressors du couloir, et encore un dernier contrôle pour vérifier si tout est OK. Voilà j’ai le N°2315. Un petit tour dans le village des partenaires et je rejoins les autres, pour nous rendre au chalet se situant au Houches à 8-9 km de là.
            Notre pasta-party terminée, nous nous couchons vers 22h30. Une nuit encore agitée, puisque vers 4h30 je me réveille. Ca y est le jour J est arrivé. Vers 8h30, nous prenons ensemble notre petit déjeuner, puis chacun s’affaire à ses occupations. Michael et moi préparons nos sacs, et les autres sont aller marcher vers l’un des nombreux cols de la région.
 
            14h00 dernier déjeuner : soupe, pâtes-jambon, banane. 15h00 nous enfilons notre tenue et vers 16h00 prenons comme de nombreux autres UTMBistes le car pour le départ à « cham ». Vers 17h00 Michael et moi sommes devant l’arche. Nous nous allongeons tranquillement sur la pelouse, à coté de l’église, en contemplant le mont-blanc.
                        
             Les gars de la marine de Brest et de Lorient nous rejoignent, ainsi qu’Axel (Depenaros). Des jeunes distribuent des barres de céréales Nature Valley à volonté.
 
      18h00 : la pression monte, nous nous dirigeons vers la ligne. Le briefing est fait par les Polleti, organisateurs de la course, en français et en italien. « vous êtes plus de 2200 au départ …. ».
 
   18h29 : Axel, Michael et moi sommes l’un à coté de l’autre. Une dernière « bonne » poignée de mains pour s’encourager. Une musique de folie pour un départ imminent : ERA . Que d’émotion !!!!!. L’hélicoptère survole la ligne de départ, et …… c’est parti. Il nous faut bien 5-6 minutes avant de pouvoir courir. Je reste un petit moment avec mes 2 acolytes, puis nous nous perdons avant d’arriver aux Houches (km8, 1012m d’altitude), 1er point de contrôle. Ce premier tronçon est roulant, et je trouve que ça part vite, trop vite. 
 
 
Là, les choses sérieuses commencent. Je dévisse les bâtons. Au menu, le col de la Charme(1799m d’altitude ; situé 6km plus haut). Je m’aperçois que 99% des coureurs ont des bâtons. Je me rend très rapidement compte qu’ils me rendent un grand service. A mi côte, Gaétan, Didier et Luc sont Là pour nous encourager. Je rejoins un Breton : Gilles( de Bruz ) avec lequel j’avais virtuellement discuter sur Yanoo.
 
2h02 plus tard , je suis au sommet de notre 1er col de la course à la 650ème place. Les sensations sont moyennes : estomac lourd, et le clips d’accroche de mon sac s’est cassé. La descente vers Saint Gervais est raide et cassante, mais moyennement technique vis à vis des autres. 1170 mètres de dénivelé négatif sur 5.8km ; faites votre calcul.
                                                                                                         
         La nuit tombe très rapidement. Je préfère attendre Saint Gervais pour me couvrir pour la nuit et sortir la frontale. J’aperçois du haut les lumières du village.
       Je suis attentivement un des traileurs ayant sorti sa « petzel ». Du bitume pour arriver dans une petite ruelle typique et nous entendons une ambiance de folie. Un monde fou nous acclame. GEANT !!!!.
Je mets mon maillot windstopper de chez Craft, quel confort !!!, le coupe-vent, et la lampe frontale. Je complète mes bidons, mange un morceau de banane et je repars sous un brouhaha du public, direction les Contamines, 10km plus loin.
       Avec peu de dénivelé, nous pouvons très souvent courir. Les ennuis commencent. L’estomac se rebelle, et je dois me mettre à l’écart pour me  « libérer », une 1ère fois. Les même symptômes qu’au raid du Golfe du Morbihan. Ca m’inquiète !!! . Un phénomène qui me suit durant une 15ène de km. Eh bientôt….. plus de feuille de Lotus !!!!.
      Les Contamines sont en vues. Je bois et absorbe une soupe aux pâtes, un morceau de pain…., mais peu après encore un mal de ventre et re belote…. . Je fais route vers la croix du bonhomme, 1400 mètres de dénivelé positif. Je sens que chacun est dans sa course, ça ne parle pas ou très peu… . Après une montée lente et peu technique, jusqu’à Notre Dame Gorge, les choses très sérieuses commencent : une montée très technique et un fort dénivelé. J’aperçois en haut le sommet. J’hallucine….. Un bref passage dans les neiges éternelles et il faut à nouveau lever plus haut les jambes. Je pense à Pierre et ses escaliers. Une pause à la Balme, au bout de 6 h00 de course (704 ème), pour me refaire une santé, ou dans tous les cas pour éviter la déshydratation et l’hypoglycémie qui me guette, si je n’arrive pas à garder la nourriture et la boisson. Un feu de camp est allumé, où de nombreuses personnes se réchauffent autour.
          Direction la Croix du Bonhomme(2479 mètres)…. Je suis deux Brésiliens fièrs d’arborer leurs couleurs de bas en haut. Je monte ainsi à allure régulière dans leurs sillages, durant un bon moment. Mais peu avant de basculer vers les Chapieux, mon rythme cardiaque augmente. Je fais une pose sur un rocher et je repars tranquillement . La descente très technique et surtout très glissante, engendre de nombreuses chutes. Je me méfie. Les parois sont étroites…. Je veux revoir ma famille !!!.
           De nature intrépide, là je ne fais pas le fier. Je descends sur les talons en toutes sécurités. Certains ont un sacré culot de tenter cette aventure en running. Pour ma part, je suis satisfait de mes Lafuma active trail.
           Au bout de 8h34, me voilà à la 1ère « base de vie » : c’est à dire que l’on peut tout trouver : massage, podologue, médecin…. . J’en profite pour demander et prendre un Spafon, contre les diarrhées. Je prends mon temps pour m’alimenter et récupérer. Une bonne bière, comme Thierry, des pâtes, une soupe avec des flageolets, un fromage, un morceau de banane, et FEU. Je repars dans la nuit. Certes, nous avons les conditions idéales. Je ne ressens pas le froid pour le moment. Le prochain objectif est le col de la Seigne (2516 mètres). J’apprends que les premiers sont passés 3 heures avant : c’est fou !!! .
        Je reprends la marche rapide, sur une route bitumée , durant quelques kilomètres. Plus loin, dans le contre bas, je me retourne, et j’aperçois un long serpent de lumière. Voilà, nous entrons à nouveau dans le dur, sur un single tracks humide, avec du dénivelé important. Le jour pointe son nez, lorsque je franchis ce col (5h59). J’y suis,….nous sommes en Italie. Les couleurs sont superbes et laissent une vue imprenable sur la vallée. Je ne traîne pas là haut, le vent est froid. L’estomac ne me dérange plus maintenant. J’essaie de penser à manger et boire régulièrement. Les gels sont très rapides à faire leurs efficacités, j’en prends un très régulièrement lors de chaque ascension. J’ai supprimé la boisson énergétique (carbomax de chez GO2), qui est très certainement la cause de mes soucis, et remplacé par de l’eau d’une part, et dans l’autre bidon, du coca et eau. La descente nous amène rapidement , en traversant quelques petits cours d’eau, au refuge d’Elisabetta. Une petite vallée, où nous sommes accueillis par de vrais gens du cru, pour refaire le plein. Mes pieds commencent à chauffer et me tiraillent. J’enlève les chaussures et chaussettes. La voûte plantaire est toute fripée comme si j’avais passé plusieurs heures dans un bain. D’où l’intérêt d’avoir du rechange avec soi.
                                                            
                                     
     Le col du mont Favre me fait signe de le rejoindre. De nombreux lacets m’y amènent tranquillement, jusqu'à ses 2435mètres. Reste 9 km de descente et 1245 mètres de dénivelé négatif pour rejoindre Courmayeur (km 77). Il est que 8h30, et il fait chaud. Une journée difficile nous attend.
       A 9h10, J’aperçois Gaétan, Luc, et didier. Gaétan me remet son sac Salomon. Fini les 2 bidons qui ballottent d’un coté à l’autre. Je récupère mon sac de change, laisser auprès de l’organisation à Chamonix, pour me changer. Ça sent l’homme dans cette salle !!!
Un passage auprès des podologues et masseurs qui restera dans ma mémoire. Cinq filles rien que pour moi. Deux autours des pieds, et trois à me masser. Génial !!! . les sensations sont globalement bonnes.  J’ai retrouvé la forme, surtout après avoir pris un vrai repas. Les lourdeurs du début sont, à ce moment, du passé.
     Je repars, 1h15 après, avec une « pêche » d’enfer. Maintenant c’est sûr, j’irai au bout… . je suis euphorique, tout va pour le mieux. Je franchis Bertone (1989 mètres), et aperçois Katel Corn. Un petit encouragement à son égard et je poursuis mon chemin. 12 km de chemin relativement roulant se profilent maintenant, ce qui ne veut pas dire facile, mais la course reprend le dessus sur la marche. Un à un , je reviens sur d’autres coureurs. Il est 14h15 quand j’arrive à Arnuva.
Manger devient à nouveau difficile, je prends le temps de m’asseoir et de récupérer. L’objectif prochain est en vue : les tentes paraissent minuscules, et il va falloir s’y rendre.
 
Le Grand Col Ferret ( 2537mètres) sera mon juge de paix
 
      Que se passe t-il ? A peine ai-je commencé l’ascension, que je ressens de grosses palpitations. Mon cœur s’emballe, mais il m’est difficile de le refaire descendre. Je suis inquiet. Pourquoi est-ce si soudain ? Est-ce un coup de soleil sur la tête ? un simple coup de moins bien ? Autant de questions qui me passent par la tête. Toujours est-il qu’il faut avancer. Une bonne bière serait la bien venue sous ce soleil. Je n’hésite pas à tremper ma casquette dans les auges en pierre réservées aux vaches. Rien ni fait, les minutes passent, je m’allonge très régulièrement pour récupérer et abaisser mes pulsations. Les coureurs doublés quelques temps avant, me demandent si ça va bien. Il me faudra ainsi 2h15 pour franchir ses 4km et ses 768 mètres de dénivelé positif. Au sommet, je suis blanc, les mains froides, et un pouls difficilement détectable. Je m’allonge dans une des 2 tentes sous une couverture, avec 2 autres traileurs. Une heure après, peu de changement, ma décision est prise. La situation est trop risquée. En revanche, il me faut descendre sur la Fouly, afin de remettre mon dossard. Ces 9 kms, je les ai fait avec deux autres concurrents ayant pris la même décision. L’un d’entre eux, médecin, est victime d’une déchirure, et l’autre est « cuit ». Tous les 3 descendons à notre rythme, vers la fin de l’aventure
      La Suisse, je l’aurais tester durant ces 9 km. Dommage !!!.
 
Ce médecin m’explique clairement les raisons de mon état. Les problèmes intestinaux du début ont occasionné une grosse perte en sels minéraux, et créé un déséquilibre et une assimilation en ions potassiques. Cette accélération cardiaque devrait s’estomper d’ici 3-4 jours en consommant des fruits secs,bananes… .      
          En arrivant à la Fouly, mes sentiments ne sont pas à la morosité et à la déprime. Plutôt la fierté d’avoir franchir 107km et 6800 mètres de dénivelé. D’avoir appris à mieux me connaître et d’avoir appris à connaître ce milieu magnifique, mais hostile, qu’est la montagne. Je ne pensais pas devoir stopper de cette manière là. Aucunes douleurs musculaires, ni tendineuses, je crois finalement que c’est le principal.
 
Ne connaissant pas l’Ultra en montagne, Gaétan me disait 2 jours avant :
« finir l’UTMB, c’est comme si tu te tapais Miss France »
 
Je pensais que rien n’est impossible…. Et je le pense toujours.
 
                                             Mes temps de passage
 
Tableau des passages
Points
Heure pass.
Temps course
Classement
V-20:36
02h02mn40s
650
V-21:22
02h48mn05s
658
V-23:00
04h26mn31s
679
S00:33
05h59mn17s
704
 
 
 
S-03:08
08h34mn51s
710
S-06:03
11h29mn02s
672
S-06:19
11h45mn26s
674
S-08:22
13h48mn41s
700
S-09:13
14h39mn11s
719
S-12:01
17h27mn19s
820
S-13:18
18h44mn53s
723
S-14:15
19h41mn30s
674
S-16:28
21h54mn34s
759
S-19:22
24h48mn35s
977
 
La Fouly sera pour moi le dernier point de contrôle.
 
Retour vers « Cham » en car 

Un passage, à nouveau auprès des podologues et masseurs. Pas de jolies jeunes filles, mais un jeune Anglais !!! Le lendemain matin après une nuit encore difficile, nous allons accueillir Axel et Mick. Ils ont effectué le parcours ensemble du premier au dernier kilo. Beaucoup d’émotion à leur arrivée.
Et là effectivement, je ressens un peu d’amertume. Nous avions pourtant ensemble sur la ligne de départ convenu d’être fort dans les jambes et dans la tête.
 
 
 Le moment pour moi est venu d’analyser mes erreurs, afin de ne pas les commettre à nouveau ultérieurement sur des ultra
 
  • Ne pas surcharger l’estomac, le repas précédent la course ; le sang allant d’abord à la digestion, les muscles sont moins alimentés en sang et donc en oxygène.
 
  • Terminer les boissons énergétiques dans les bidons. L’eau claire doit suffire si la charge en glycogène est suffisante au départ.
 
 
  • Avoir une paire de chaussettes en permanence dans son sac. L’état de nos pieds est primordial, il faut savoir les garder au sec
 
  • Un sac en état . Personnellement, je préfère la solution des bidons.
 
 
  • Eviter les périodes euphoriques et savoir rester humble devant les éléments
 
Mais le Mont Blanc n’aura pas le dernier mot…. JE REVIENDRAI.
 
 
2200 au départ cette année, seuls 1100 furieux arriveront à boucler le tour du Mont Blanc
 
Un grand merci à Michael, Luc, Didier, et Gaétan pour m’avoir hébergé durant ces 3 jours.      
Merci aussi pour leur humour débordant.
 
                          Merci à tous ceux qui, à leur manière, m’ont encouragé durant cette épreuve.
 
   Et surtout, je remercie celle qui m’à permis de vivre cette épreuve, pour sa tolérance et sa patience envers moi. Je veux parler de ma petite Dany.
 

A très bientôt vers d’autres aventures…..
 
Joël Caër
 
                                          FIN
Par caer joel - Publié dans : ULTRA TRAIL
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