Voilà l’instant tant attendu… Notre départ vers La Réunion. Plusieurs mois d’entraînements et de
sacrifices…
Nous sommes 5 membres de Breizh Sport Aventure a rêvé de cette destination depuis plusieurs mois :
Rémy Bloch, Claude Le Gall, Pierre Jestin, Thierry Caër et moi Joël Caër. Ensemble nous avons couru et
parcouru les chemins de notre région, marché, grimpé des escaliers, et cela durant des heures, après nos journées
de travail, en sacrifiant nos soirées en famille et entre potes, et nos grasses matinées de notre week-end. Et cela
afin d’atteindre un seul objectif, participer à la… :
15 ème édition de
la diagonale des fous
151 km et 9300 mètres de dénivelé positif en traversant l’île de la réunion du sud au nord, avec un seul
objectif : « Survivre » à cette aventure
15 OCTOBRE 2007 : J-3
Voilà déjà plusieurs jours, que mes affaires de course sont contrôlées et re-contrôlées. Les
craintes
d’oublier quelque chose me hantent. La pression me guète depuis plusieurs jours. Le sommeil est léger, voire
nul. Il est certain, que ma récente contre performance à l’UTMB y est pour quelque chose. Beaucoup de
questions me trottent dans la tête….. Il me hâte d’être sur la ligne de départ à Saint Philippe.
Départ vers Saint Denis de la Réunion : Thierry, Rémy et Pascale, Dany et Moi prenons un premier vol
vers Orly. Là-bas, nous reconnaissons de nombreux raideurs ; sacs Salomon sur le dos, chaussures de trail aux
pieds, et souvent « entre gars » !
17H : Nous embarquons dans un 747 de la compagnie Corsair. Derrière nous, une bande de copains du
Calvados ont le même objectif. Et bien entendu, nous discutons ensemble de…trail !
Que c’est long, que c’est loin…. .10h30 de trajet
Mardi 16 octobre 2007 : j-2
Le froid généré par la climatisation de l’avion, le bruit des moteurs, le stress m’ont fait passer une nuit
blanche. Peu de temps après avoir reçu le petit déjeuner, nous touchons enfin le sol de la Réunion. J’en profite
pour avancer ma montre de 2 heures, afin de me mettre à l’heure réunionnaise. Nous avons tous la hantise de
ne pas voir nos bagages débarquer. Quelques membres de la diagonale sont là pour nous recevoir, afin de
nous donner quelques informations et nous offrir un autre petit déjeuné très local celui là. Ah les ananas !!!!
Fabuleux. Quelques gouttes de pluies sont également là pour nous souhaiter la bienvenue.
Nous prenons la direction de l’hôtel des Récifs sur la commune de Saint Gilles. Il est 8 heures et le
soleil domine déjà. Un bref passage vers la plage, afin d’apercevoir le lagon. Cocotiers, palmiers, et sable blanc.
Il nous hâte de poser la serviette et de plonger une tête. Un petit café, jus d’orange, ananas…les
viennoiseries font envie, mais je les apprécierais davantage en fin de semaine. La pression commence à
tomber dans le groupe et la fatigue s’installe… Chacun s’affère de son côté : lit ou plage. Nous rencontrons
Karine Herry en plein jogging matinal, qui nous raconte ses dernières péripéties. L’oeil gauche est bien tuméfié.
Lors de sa derrière reconnaissance du parcours, elle a lourdement chuté et a percuté une roche.
Partis quelques heures après nous, Claude et Myriam nous rejoignent vers midi. Une journée de
transition qui fût consacrée au farniente et à la découverte de notre lieu de résidence. Les « zoreilles » comme
sont appelés les métropolitains prennent très rapidement des coups de soleil.
Mercredi 17 octobre 2007 : j-1
La nuit fût encore une nouvelle fois très difficile et courte, et pourtant il va falloir tenir…
Nous tenions à connaître ce qu’allait être durant plus de 150 km notre terrain de jeu. Notre joyeuse
équipe prit donc la direction du cirque de Mafate. Et pourtant… nous avons maintes fois été avertis qu’après 10
heures, les nuages montent vers la montagne et que la visibilité devient nulle. Mais nous sommes des bretons
avec notre caractère !!!!
Et, effectivement, au sommet, un épais brouillard nous empêchait de contempler cette vue tant espérée.
Ceci dit, la ballade de 1h30 sur les étroits et dangereux chemins nous a rapidement fait comprendre la situation
dans laquelle nous serions dans quelques heures. Même constat dans l’après midi du côté de Dos d’Ane, ou
seul le terrain de foot qui allait nous accueillir était visible.
Ils nous restaient plus qu’à aller retirer notre dossard au stade de la Redoute sur Saint Denis. Une
pagaille monstre, pour se garer, puis une interminable attente pour le précieux sésame. Les Stars du trail sont
là : Karine, qui va mieux …, Christophe Jacquerod, Vincent Delebarre pour les « métro ». Eh bien-entendu les
locaux : Richeville Esparon, Thierry Técher, Wilfried Woulédi…. . Tous très fortement courtiser par les médias.
Nous nous asseyons sur la pelouse. Pierre et Lydie, arrivés sur l’île quelques jours plus tôt, nous
rejoignent. Voilà la « dream team » est au complet.
Après 1h30 d’attente enfin, nous atteignons les bénévoles qui semblent désemparés. Et nous
comprenons très rapidement. En effet, l’organisation a reçu simplement le matin même les tee-shirts de la
course. Impossible pour eux d’anticiper la préparation des sacs. Reste simplement des tailles S ou XL.
Dans tous les cas ces tee-shirts ne seront pas des « collectors » !!!
Un très bref passage aux stands des partenaires et nous reprenons la voiture pour Saint Gilles puis
direction la pizzeria pour faire le plein de pâtes chez l’italien du coin.
22h00 : extinction des feux. Demain c’est le grand jour
Jeudi 18 octobre 2007 : JOUR J
Je comptais sur cette dernière nuit pour bien dormir. Hélas, il faudra maintenant attendre quelques jours
afin de reprendre un rythme normal. Le sommeil est l’un des aspects que je vais devoir travailler avant les
épreuves difficiles.
Nous nous retrouvons tous au petit déjeuner, et nous sommes plutôt très calmes. Pour cette dernière
journée, nous sommes tous retournés dans nos chambres, afin d’éviter le soleil, et surtout de se reposer au
maximum.
16heures : il est venu le temps de préparer le matériel et de se changer.
17h30 : l’heure du départ
Nous prenons la direction de Saint-Joseph, où nous sommes conviés pour la dernière pasta party chez
Jean Noel (le frère de Pierre, qui habite là depuis plusieurs années). Nous sommes particulièrement sereins et
détendus à quelques heures du départ. Personnellement, je ne ressens pas à ce moment là, le manque de
somme accumulé depuis plus de 10jours ; ça me surprend. Rémy, inquiété par une douleur à la cuisse depuis
quelques jours, semble également confiant. Claude, égal à lui même : imperturbable. Thierry est très
certainement le plus excité d’entre-nous. Pierre connait le parcours et son exigence. Il s’est où l’on va !!!!
23H15 : nous pénétrons dans le sas de contrôle des sacs, qui est une formalité. Quelques instants plus
tard, nous y sommes.
Voilà, c’est l’instant que l’on attend depuis des mois. Comme 2200 participants, je me trouve dans cette
enceinte clôturée par, d’un coté du grillage et de l’autre, par deux rangées de barrière, dans le but d’éviter tous
échanges avec les personnes extérieures.
23H50 : les danses, la musique s’arrêtent. Robert Chicaud, l’organisateur, prend la parole. Ca chauffe.
Départ Cap Méchant à minuit : 00HOO / 2200 participants
FEUX!!!
Un départ de folie. Ca pousse de partout. Je perds de Thierry et Pierre. Mon drapeau breton et celui de
l’association une OASIS pour la sclérose en plaques sont arrachés. Rémy et Claude sont là. Petit échauffement
dans la mêlée pour près de trois kilomètres sur la RN2 jusqu'à l'entrée du
chemin ceinture. J’essaye avec Rémy de ne pas trop « m’emballer ». Nous alternons course et dans les petites
côtes, nous marchons à allure rapide. Claude est également avec nous.
Kiosque de Basse Vallée : PK 15
Premier ravitaillement après 15,9km au kiosque de Mare Longue. Un très bref arrêt, et nous repartons.
Puis, après 11 autres kilomètres, la route forestière cède sa place à un petit sentier. Passage devant le kiosque
de Basse Vallée. Attention embouteillages ! A ce moment mes sensations sont bonnes. Ce qui n’est pas
forcément le cas pour tous. Soudain, une personne me demande si je ne suis pas du Folgoët. C’est Stéphane et
Philippe Hautefort de Saint-Divy, qui m’ont reconnu grâce à mon short Lance. Nous serions « presque » les
seuls à en avoir !!!Je suis étonné de voir plusieurs coureurs vomir, et s’allonger sur le coté. Marche, escalade,
glissade, tous sauf course à pied pour le moment. La pluie tombée les heures précédentes ont rendu le sentier
très boueux et glissant. Les racines, les rochers sont permanents. Je suis loin des 15km /h… Je tente de temps
en temps de doubler par la droite ou la gauche et parfois ça fait râler. J’ai perdu mes 2 compagnons.
Entrée sur le GR. Direction : le volcan. La végétation se raréfie, la température descend de quelques degrés
jusqu'à Foc Foc. Passage à proximité des Piton Hubert, Piton Rouge et de la caverne du Chisny. Le sentier est à
présent à découvert. Veste chaude de rigueur. On frise les températures négatives.
Foc-Foc : PK 23 : 6H08 / 554ème place
Arrivée à Foc-Foc, sur la crête de l'enclos. Le jour se lève. Je devine le volcan, mais surtout j’apprécie
ce moment unique, ses couleurs surréalistes.
En longeant la crête, de longues portions assez roulantes. Retrouvailles avec "la civilisation" sur la route
du Volcan, le premier gros poste de la course : sandwichs, boissons chaudes et... pointage électronique.
Ambiance assurée. Nous voilà maintenant à 2084 mètres d’altitude. Je prends le temps de recharger mon
Kamel bag en eau et mes bidons avec de l’eau-coca. Une bonne soupe vermicelle permet de me réchauffer. Le
ciel est clair. Une belle et longue journée va commencer.
Route du Volcan : PK 30
Et c'est reparti à travers la Plaine des sables au pied des remparts des Basaltes sur le GR2. La légère
impression de courir sur la lune... à travers une végétation basse. Au menu : une montée courte mais raide et
cassante jusqu'à l'oratoire Sainte-Thérèse, ancien point culminant de la course à 2400m. J’en profite pour sortir
l’appareil photo. Les températures montent. Il est temps de s’équiper différemment : tee-shirt au couleur du
team. Physiquement ça roule…et je cours !!!
Oratoire Sainte-Thérèse : PK 37
Lâchez les chevaux ! De la descente enfin avec vue imprenable sur le Piton des Neiges, là bas tout au
fond. Puis descente au pas de charge jusqu'à la Plaine des Cafres via le Piton Textor et le Chalet des Platres.
Des passages insolites, comme les traverses de parcelles par des petites échelles. C’est à ce moment que le
début de mes soucis a démarré. Des échauffements « entre les fesses » rendent les foulées très douloureuses.
Mon « Lance » rendu humide par la transpiration, me trahi. Retrouvailles avec le bitume sur la RN3, en direction
de Mare à Boue.
Mare à Boue : PK 50 : 8H48 / 465ème
J’aperçois Thierry qui quitte juste Mare à boue. Je l’appelle, il ne m’entend pas. Nous sommes à 1594 mètres
d’altitude.
Repos et poulet grillé au menu. Tout est géré par des militaires. Chapeau les gars ! Quelques coureurs sont
allongés sous les tentes. Le ciel se couvre.
Ah !!! Si j’avais prévu un sac pour le rechange (surtout que nous le pouvions). Bon, il va falloir continuer et
serrer les dents (ou plutôt les fesses !!!) jusqu’à Cilaos, où je mettrai un slip avec mon short Salomon. Les
douleurs devraient ainsi disparaître. En attendant, debout, la route est longue et il faut absolument progresser…
L'un des gros morceaux du parcours : la montée vers le Gite du Piton des Neiges. Le sentier monte tout
régulièrement jusqu’au passage à Coteau Maigre. Un petit crachin m’oblige à me couvrir à nouveau. Les racines
humides et la boue rendent le chemin très glissant, et surtout pénible. La végétation est abondante. Et vive les
premières échelles. Que du bonheur ! J’oublie mes soucis d’échauffement, mais c’est la fatigue, et une légère
hypoglycémie qui fragilise le moral : la situation me fait peur, mes appuis deviennent hésitants en permanence.
Je perds confiance. Une réunionnaise, avec laquelle je fais un petit bout de chemin, me donne un bon coup de
pieds aux fesses : «la première fois …tu dois aller au bout ». Les mains dans la boue, je fais deux traits avec
deux doigts sur chacune de mes joues : « Joël tu dois être FORT ». Direction le Piton des Neiges pour les trois
kilomètres de rab. En arrivée au gîte, ou Caverne Dufour, point culminant de la course à 2484 mètres, j’en ai
marre, et la descente me terrorise.
Gite Piton des Neiges : PK 62
Bien qu'un peu technique dans sa première moitié, la bascule sur Cilaos via le bloc est sans doute plus roulante
donc aussi plus traumatisante pour les jambes. La descente de l’enfer, aucunes sensations. Je descends pas à
pas. Attention quand même à ne pas jouer les kamikazes comme certains. J’ai le coeur serré, les genoux sont
de plus en plus douloureux au niveau de la rotule, très certainement dû aux crispations. Peu avant la fin de cette
descente, j’entends Rémy qui m’appelle. Je lui annonce mes craintes et mes doutes. Un autre « fêlé » me
donne un cachet de sporténine. 5minutes plus tard, je retrouve le moral et les jambes. Que se passe t-il ? L’effet
sporténine ? Et enfin les retrouvailles avec le bitume au Bloc. La fin de la descente par la route jusqu'au stade de
Cilaos. Là je rencontre d’abord Myriam et Pascale, deux de nos supportrices. Puis au stade, j’ai retrouvé Dany,
qui m’annonce la situation de chacun et me redonne un bon « coup de fouet ».
Cilaos : PK 69 :14H36 / 535 ème
Mi-course oblige, l'organisation a mis les petits plats dans les grands. Kinés, médecins et carris à
volonté... Après m’être lavé les jambes, je passe entre les mains expertes des masseuses. J’en profite pour me
décontracter et me relaxer. Je retrouve là véritablement la forme. Je me change, mets un slip sous mon short afin
de protéger mes douleurs. Je décide de ne pas trop traîner ; Un bref passage pour bien m’alimenter en pâtes…
et je repars gonfler « à bloc ». Mais le temps passe vite : 1H15 d’arrêt. Rémy est 8 minutes devant moi, mais pas
question de s’emballer quand on connaît le programme.
"Promenade" du côté des anciens termes qui ont fait la réputation de Cilaos. Descente sur la cascade de Bras
rouge. Départ du très réputé sentier du Taïbit, il est 17H31 et la nuit approche. Je progresse seul et de temps en
temps fait un bout de route avec un compagnon de galère. Une ascension longue et raide de plus de quatre
kilomètres. Je sors la frontale et la lampe à mains, indispensable lors de cette épreuve. Pour le moment les
températures sont bonnes. Je ne m’affole pas et pas à pas je bascule vers la descente de Marla. A suivre, une
belle descente au milieu des acacias. Quelle descente !!! Je me retrouve,….le kamikaze…. Je prends des
risques, mais je ressens l’agilité à chaque pas. Soudain mon pied droit tourne sous une pierre. Je me suis fait
très peur. A cet endroit c’est le point de non-retour ou presque, c’est l’entrée dans Mafate... Et enfin, Marla et son
ambiance des grands jours.
Marla : PK 82 :19H54 / 486ème
J’aperçois Rémy qui s’alimente. Nous discutons quelques minutes, il repart. Je décide de ne pas trainer
là et de rejoindre Rémy rapidement. La course est possible à cet endroit. Ma progression est rapide. Seul dans
la nuit, j’aperçois au loin les lumières des traileurs. Je reviens sur quelques petits groupes que je laisse derrière
moi.
D'une école à l'autre. De celle de Marla à celle de Roche Plate. Le tout via Trois Roches en crapahutant au milieu
de la Rivière des Galets. Et des instants magiques : le bruit incessant de la rivière, entouré par ce cirque
immense. Quelques petits groupes de fêtards ont décidé de poser la tente pour la nuit en faisant un feu de
camp. Là, nouveau point de contrôle et de récupération. Les températures ne sont plus celles de l’après midi. Il
fait froid. Mais ça chante, ça danse… !!!. Une infirmière me masse rapidement les mollets et les cuisses qui
deviennent lourds. Une longue et interminable marche m’amène vers roche plate
ROCHE PLATE : PK 90 :23H18 / 459ème
Là, on nous reçoit dans une école. Pas de route pour s’y rendre. INCROYABLE. La fatigue, le froid et
aussi une nouvelle hypo, me font rester là. Le médecin me pique pour contrôler mon taux de glycémie. Il
confirme. Je dois absolument refaire le plein avant de repartir. Je reste 30 minutes sous la couverture, mais
impossible de dormir. Je repars, et une descente abrupte m’amène dans Fond Mafate. Une descente
inimaginable : à gauche la roche et très souvent un câble de sécurité, et à droite le vide. De drôle de sensations
et d’impressions m’envahissent. Un autochtone me demande si c’est la 1ère fois, et me recommande de ce fait
de faire la descente avec lui. Je comprends rapidement la raison. Enfin, la rivière avant une remontée vers le
Bronchard et la Nouvelle. Deux échelles sont fixées dans la roche.
Imaginez la situation : la fatigue, le froid, la nuit, ce milieu hostile et la grimpette de ces échelles.
Je rencontre plusieurs coureurs qui récupèrent ou dorment sur ce chemin très étroit. Extrême vigilance
et mains courantes de rigueur. Une folie de rester là. Il me faut 4H00 pour rejoindre enfin la Nouvelle.
La Nouvelle: PK 97 :27H32 / 518 ème place
Il est 3H32 du matin. J’ai froid. Je m’allonge pour me réchauffer dans des sacs d’engrais (Big Bag de
500 kg) avec ma couverture de survie. Nous sommes allongés, 3 dans ce sac. Drôle de situation. Mais la
condensation se fait rapidement. Le froid, et je pense surtout la fatigue me paralyse et il me peine à repartir. Le
jour se lève à peine, je reprends la route. Les couleurs du ciel, et la vue sur Mafate, que je découvre ce matin
sont magnifiques.
Remontée "tranquille" jusqu'à la mystérieuse Plaine des Tamarins et le col de Fourche. Sujets au
vertige, s'abstenir. La forme, les sensations, le moral reviennent. Passage glissant au bord du vide au début de
la descente du col. Histoire de se dégourdir un peu les jambes avant d'entrer sur le sentier scout. La course
reprend, enfin j’ai l’impression d’avancer. 32 heures de course, il est 8h00 du matin, les températures montent,
les km diminuent. Je pense à l’arrivée. Je fais des prospectives sur mon horaire d’arrivée.
Début du sentier scout : PK 105
Passages de plusieurs ravines pour les retrouvailles avec Mafate. Remontée courte sur le plateau de la
Salle. Des douleurs vives m’obligent à marcher. Pas de doute, c’est une tendinite. La descente qui aurait pu être
un plaisir, devient une vraie galère. Je n’avance pas. Je coupe un bâton de bois pour soulager ma douleur.
Doucement, je rejoins La Plaque. Des enfants me jettent des pétales de fleurs en passant devant leur maison.
Ce village isolé, le seul accès est par hélicoptère. J’image alors le trajet que doivent faire ces enfants tous les
jours pour rejoindre leur école se situant à Aurère (2,5km et 250 mètre de dénivelé positif) plus loin.
AURERE : PK 113 : 34H11 / 582 ème place
Je vais soigner ma douleur avec une kiné. Elle me fait la totale : J’entends par là : massage des mollets,
des cuisses, et le dessous du pied. Un moment exceptionnel, puisque je m’endors sur la table de massage.
Elle me laisse tranquillement et je me réveille une demi-heure plus tard. Un « strappe » contre la tendinite. Et je
poursuis mon chemin vers la descente de Deux Bras. Et miracle, petit à petit, je retrouve mes capacités à
recourir. La chaleur, et la fraîcheur de la rivière me donne une envie folle de me baigner. J’ai déjà perdu
beaucoup de temps. Se sera pour plus tard. …
Deux Bras : PK 123 : 37H54 / 627 ème place
Je ne perds pas de temps, les températures sont trop élevées. Pourtant, les bénévoles, des militaires pour
la plupart sont dévoués à 100% pour les coureurs. Rien ne manque : Kiné, soupe, yaourt, chocolat, boisson
diverses…. Et repas complet. J’avais prévu de me changer complètement à cet endroit. Mais je file. 35 minutes
d’arrêt simplement. Histoire de bien s’alimenter avant LE gros morceau.
Justement, le dernier très gros morceau de cette Diagonale : l'ascension de Dos d'Ane : 4km et 750
mètres de dénivelé. Au fil des kilomètres, le sentier devient de plus en plus étroit, à flanc de falaise. A droite,
vive les mains courantes, à gauche …. Le vide !! Depuis mes 30 minutes de sommeil, j’ai la frite. Seuls mes
genoux sont douloureux (la rotule).
Dos d'Ane : PK 130 : 40H36 / 586ème
Au sommet, arrivé dans le charmant village de Dos d’ Ane. Ca commence à être bon signe... . Reste 20
km…. Un petit moment encore avec les masseuses aux mains d’or, pour me détendre les cuisseaux et surtout
les genoux. Elles me font un nouveau bandage pour me les soulager. Puis quelques étirements suffisent.
« Robocop » se lève… Mais je sais maintenant que je survivrai à cette diagonale des fous.
Dernière grimpette sur Vert-Roche-Bouteille. Vue imprenable sur Mafate. Les amateurs de montagnes
russes se régalent jusqu'au lieu dit "La fenêtre" via le kiosque d'Affouches. Je décide d’augmenter le rythme, et
d’aller le plus loin possible avant de devoir à nouveau sortir les lampes. Je n’ai plus de pile dans la frontale, je
progresse uniquement avec la lampe manuelle. Je file, 12 à 13 km à l’heure, sur un chemin descendant vers le
Colorado. La plupart des coureurs marchent. Puis, ça monte, ça descend. Arrivée sur la crête au dessus de la
Rivière : Saint-Denis. Je sors de la forêt pour débouler sur le Colorado.
Colorado : PK 145 : 44H54 / 561ème
J’ai la grande forme, je ne pense plus à mes rotules. Je prends rapidement 2 ou 3 bricoles à grignoter et repars.
En bas, tout en bas, c'est Saint-Denis. La fin de l'aventure. Le stade de la Redoute est à portée de chaussures.
Dernière plongée dans la forêt, derniers instants dans la luxuriante végétation réunionnaise. Une descente
longue et pénible parmi les rochers. Le stade est en vue. Retour sur le bitume, J’aperçois toute l’équipe à
l’entrée du stade. On me remet le drapeau breton, et un dernier demi-tour de piste pour la route et pour la
postérité. Un moment fort, j’apprécie l’instant. Dernier virage, la ligne….
STADE DE SAINT DE DENIS : 46H07 / 551 ème place
J’ai survécu à cette diagonale de folie en 46H07 et 551ème place. Je n’en menais pourtant pas très large
à Cilaos.
Je reste un long moment juste dernier la ligne, entre les barrières, comme si je ne voulais pas que
l’aventure s’arrête. Rémy est arrivé en 40 H, et Pierre et Thierry ont terminé ensemble en 43H, Claude nous a
rejoint en 55 h. Une belle performance pour notre équipe, cinq sur cinq. Sur les 2200 participants au départ du
Cap Méchant, 40% devront abandonner.
Après quelques semaines, je réalise que nous avons vécu une épreuve sportive hors norme. Mais aussi et
surtout des moments importants sur le plan humain. En effet, la réussite est aussi très certainement due à la
cohésion, et la persévérance de notre équipe durant les mois précédents, pendant l’entraînement, l’organisation
de notre périple. Un grand merci à l’organisation et aussi aux bénévoles, qui ne se sont pas ménagés durant
ces 3 jours. Je n’oublie pas non plus, ma petite femme, pour avoir supporté mes absences, et de m’avoir suivi
dans ce projet. Je lui donne d’ailleurs rendez-vous, maintenant pour ma revanche à l’UTMB
Nous avons vécu et vaincu cette fabuleuse DIAGONALE de fous…. qui mérite bien son appellation
FIN